Sournoise, la transition. Un glissement sur plusieurs années, en fait. Mais il me semble que je me suis réveillé un matin, adulte, avec des soucis triviaux, des responsabilités qui me dépassent, une singulière difficulté à être, les vertèbres écrasées par trois pans de bibliothèque. Et surtout, vidé d’une substance précieuse que je peine pourtant à identifier. Pénible impression que les « premières fois » sont plutôt derrière que devant. Que certains horizons se verrouillent. J’accuse le choc avec le courage de circonstance qui sied quand on découvre que les occasions de fuir diminuent.
Je me rase. Mes gestes sont lents. Sûrs. Des souvenirs ressurgissent, malgré moi, du fond de l’enfance. J'aimais regarder mon père se faire la barbe. Puis coller de petits bouts de papier de toilette sur les coupures. J’aimais voir son visage se transformer, rajeunir. Voir son vrai visage, que cachaient d'ordinaire les poils. Mes traits sont désormais les siens. Même muscles aussi, même peau. C’est lui que je vois désormais dans le miroir de ma salle de bain. Lui, à trente ans. Je suis devenu mon père. Et mon père est devenu un homme éteint. Usé par la révolte. Je ne veux pas raconter son histoire. Pas tout de suite. Aussitôt que j’essaie de la raconter, je mens. J’emprunte mille détours. D'instinct. Sinon, c’est la boule. Qui brûle en dedans. Les larmes qui ne coulent pas. Le malaise. Difficile à réprimer.
L’odeur du café se répand dans l’appartement. Chagrin vague des nuits sans sommeil. J’observe ma compagne. Endormie, nue et belle d’abandon. Je me retiens de la toucher, de peur de la réveiller. Je veux qu’elle me raconte ses rêves. Silencieux dans la pénombre, je mesure ma chance. Puis je repense aux femmes d’avant. Elles ne sont pas tellement nombreuses, celles que j’ai vraiment aimées. Elles m’ont laissé des lettres. Elles ont prononcé des paroles que j’ai oubliées.
Elles sont loin maintenant.
jeudi 5 janvier 2012
mercredi 4 janvier 2012
Reprendre le crachoir
Ah! Ben entendu, vous êtes encore là, agglutinés autour de mon fauteuil roulant, à me baver sur les souliers, à me zigner sur la jambe tout le temps, en attendant que je vous raconte des histoires, hein? Pendant que je fume ma pipe, moi, tout pépère, ivre de torpeur… Je l’ai méritée pourtant ma retraite, et la paix avec! « Des histoires, des histoires, des histoires! » que vous braillez, entre deux reniflements morveux. Non mais, vous allez vous la fermer, enfants pourris jusqu’au trognon? Avortements manqués! Et puis, d’abord, faut pas croire que je suis con… Je le sais très bien ce que vous manigancez dans mon dos… Oh, l’odieux projet… Mais essayez donc de m’enfermer dans le congélateur, n’importe quand, juste pour voir! On va rire! Il y a des culs qui vont être bottés en série ce jour-là! C’est une promesse! Gare à vos fesses! Ce sera profond et douloureux, ça oui! Jamais vous aurez autant senti vos sphincters, même dans vos plus cauchemardesques diarrhées! Vous en cracherez vos tripes : voilà! Défécation à rebours, ni plus ni moins! Et après, vous nettoierez tout! En demandant pardon mille fois, à genoux sur le plancher, la petite brosse à la main! Alors, allez-y… tentez l’expérience! Pas de volontaires? Non? Ha! Ha! Ha!
« Des histoires, des histoires, des histoires! » que vous criaillez en chœur, encore, bande de mongols à vapeur! Bon, vous voulez que je déterre quelques souvenirs? Que j’en invente au besoin? Que je vous forge des délires et des vertiges? Vous voulez que je vous torde un bout de cœur? Que je vous prépare un de mes ragoûts gras et épicés à souhait? Préparez vos sacs à vomi… Vos couches ultra-absorbantes… Vous entendez les glaviots qui roulent dans ma gorge? Je reprends le crachoir, vous l’aurez voulu! Pour le meilleur et pour le pire, la giclure et la splendeur : dans trois, deux, un, zéro!
Pis si vous êtes pas contents, vous pouvez retourner vous abrutir devant la tévé! Ou vous intoxiquer dans les vapeurs délétères des jupes de vos mères! Tonton Tattoo s’en bat les couilles à cent kilomètres à l’heure… Oh là là! Si vous saviez!
« Des histoires, des histoires, des histoires! » que vous criaillez en chœur, encore, bande de mongols à vapeur! Bon, vous voulez que je déterre quelques souvenirs? Que j’en invente au besoin? Que je vous forge des délires et des vertiges? Vous voulez que je vous torde un bout de cœur? Que je vous prépare un de mes ragoûts gras et épicés à souhait? Préparez vos sacs à vomi… Vos couches ultra-absorbantes… Vous entendez les glaviots qui roulent dans ma gorge? Je reprends le crachoir, vous l’aurez voulu! Pour le meilleur et pour le pire, la giclure et la splendeur : dans trois, deux, un, zéro!
Pis si vous êtes pas contents, vous pouvez retourner vous abrutir devant la tévé! Ou vous intoxiquer dans les vapeurs délétères des jupes de vos mères! Tonton Tattoo s’en bat les couilles à cent kilomètres à l’heure… Oh là là! Si vous saviez!
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