Il n’y a de rose en elle que son nom, et elle s’agrippe à sa douleur parce que c’est tout ce qui lui reste.
dimanche 11 mars 2012
Il n'y a de rose en elle que son nom
Chaque matin, Rose tousse jusqu’au bord de l’étouffement, et se crache les poumons. Elle écoute à tue-tête sa maudite compilation de chansons d’amour (toujours la même). Après la deuxième chanson, elle se met à brailler. Puis elle parle à des visiteurs qui n’existent que dans sa cervelle ésotérique. Ses anges, qu’elle les appelle. Son téléphone ne sonne jamais et elle ne reçoit jamais de visite. Elle sort de son appartement, en robe de chambre, et passe l’aspirateur sur le tapis du palier. Ce n’est qu’un prétexte pour m’accrocher au passage et engager la conversation, ou plutôt, se livrer à son monologue, elle ne me laisse pas parler une seconde et je reste pris dans le filet de paroles qu’elle tisse autour de moi en me racontant son histoire, que je connais par cœur pour l’avoir subie à quelques reprises. Rose change l’ordre des épisodes, modifie quelques détails et brode un peu, mais l’ensemble reste le même : l’injustice du monde, son ex qui l’a volée, sa fille danseuse, ses perturbations intestinales, l’homme connu sur Internet et avec qui elle entretient une relation virtuelle platonique, d’âme à âme, mais qu’elle n’ose rencontrer, de peur que le charme s’effrite au contact de la réalité, son congédiement et son procès, sa maladie qui lui fait gober des pilules de toutes les couleurs, et enfin, le ventilateur qui lui est tombé sur la tête lorsqu’elle a eu la brillante idée de s’y pendre.
Il n’y a de rose en elle que son nom, et elle s’agrippe à sa douleur parce que c’est tout ce qui lui reste.
Il n’y a de rose en elle que son nom, et elle s’agrippe à sa douleur parce que c’est tout ce qui lui reste.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Si tu vomis, fais-le avec style.