jeudi 15 mars 2012

Catapulte

Quand je suis sorti du ventre de ma mère, contrairement à tous les autres bébés, j'ai ri, ri comme un fou, à m'en crever la rate, c'est comme ça que tout a commencé. Ou disons plutôt que tout a commencé dans une impasse sombre de Tchernobyl, entre un prêtre orthodoxe et une ouvrière de l'usine nucléaire, belle comme une princesse de conte de fée, excepté la verdeur de plutonium de son teint, et puis je n'en parlerai pas plus longtemps car ils n'ont d'autre rôle dans cette histoire que celui de s'être frottés un peu trop un soir.

J'ai tout de suite détesté le ciel poussiéreux de cette sale ville d'Ukraine, et aussitôt dehors et libéré du cordon, j'ai rampé, rampé, rampé, tout pour fuir cet endroit où, je le sentais, la vie ne me réservait rien de bon. Je suis allé me blottir dans la catapulte du vieux Nicolaï, le sourd et aveugle, seul inventeur de la région, qui malheureusement n'a jamais rien inventé qui n'existait pas déjà, on peut donc en conclure que sa vie fut ratée.

J'ai dormi là, quelques jours et quelques nuits, combien exactement je ne sais pas, je ne savais pas encore compter. Je grelottais, j'avais faim, je pleurais, je voulais mourir. Et puis un matin, le vieux Nicolaï est venu caresser sa catapulte, comme on caresse un rêve, pleurant sur sa vie ratée, et la légende dit (mais on ne peut pas se fier aux légendes surtout dans cette ville où toutes les légendes sentent la vodka)

que le vieux Nicolaï était sur le point de mourir
mais qu'avant de mourir il voulait actionner la catapulte
la catapulte géante dont j'avais fait mon berceau
il voulait actionner la catapulte jamais actionnée
avant d'aller mourir dans son lit dignement
il voulait faire quelque chose d'inutile une dernière fois
Et ça a été le premier et le dernier voyage de ma vie
la suite n'est qu'un triste épilogue que je vous épargnerai.

2 commentaires:

  1. Il y a quelque chose qui rappelle Lautréamont dans ton style. Tu écris bien et ton propos n'a rien d'anodin. Tu figureras sur ma blogoliste pour servir la littérature vivante auprès des lecteurs de mon misérable blog. Bravo et salut.

    Mon blog:
    http://blogsimplement.blogspot.com/

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  2. c'est un voyage qui dure toujours...

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Si tu vomis, fais-le avec style.