mardi 28 février 2012

L'écran

Enfant, je pleurais souvent. Les guerres, les attentats, les catastrophes, tout ça me touchait beaucoup trop. Le simple fait de regarder un bulletin de nouvelles internationales me rendait à moitié fou. Je ressentais viscéralement la douleur des gens, leur peur, c'était même presque insupportable. Mes parents ne savaient comment réagir face à ces excès d'empathie, venant tous deux d'un milieu assez dur, où l'on ne valorisait guère l'expression des sentiments.

Vraiment, le problème de l'existence du mal a été une question qui m'a tourmenté longtemps et la cause de cruelles insomnies. Puis, peu à peu, j'ai développé le réflexe salutaire qui consiste à tout transformer en spectacle, à tout convertir en images dépourvues d'importance, à me convaincre que ça se passe loin, que je ne suis ni concerné ni responsable, qu'il y a moi, le monde, et un écran entre les deux, qui me protège.

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