Enfant, je pleurais souvent. Les guerres, les attentats, les catastrophes, tout ça me touchait beaucoup trop. Le simple fait de regarder un bulletin de nouvelles internationales me rendait à moitié fou. Je ressentais viscéralement la douleur des gens, leur peur, c'était même presque insupportable. Mes parents ne savaient comment réagir face à ces excès d'empathie, venant tous deux d'un milieu assez dur, où l'on ne valorisait guère l'expression des sentiments.
Vraiment, le problème de l'existence du mal a été une question qui m'a tourmenté longtemps et la cause de cruelles insomnies. Puis, peu à peu, j'ai développé le réflexe salutaire qui consiste à tout transformer en spectacle, à tout convertir en images dépourvues d'importance, à me convaincre que ça se passe loin, que je ne suis ni concerné ni responsable, qu'il y a moi, le monde, et un écran entre les deux, qui me protège.
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